Cyril Duret fête son anniversaire chez Unglee
Une exposition à Paris
9 - 11 novembre 2023
Vernissage le jeudi 9 novembre de 15 à 21 heures
Outre son style personnel, Cyril Duret a ceci de particulier qu’il se définit comme peintre mondain. C’est ainsi qu’il s’est présenté à moi lorsque nous nous sommes rencontrés lors d’un dîner chez Isabelle Weingarten il y a quelques années. Je me suis demandé alors s’il était un peintre qui allait de cocktails en soirées ou s’il peignait ce qu’on appelait à une certaine époque « Le monde ». Après ce dîner nous avons été amenés à nous revoir et j’ai découvert que Cyril avait pour objectif de représenter un certain milieu artistique et aristocratique. Il a choisi de peintre son époque en montrant ceux qui la font. Comme il est d’aujourd’hui il ne pratique pas une peinture à la Boldoni. Les temps ont changé. Ses modèles ne s’habillent pas pour poser pour lui comme ils le faisaient pour le peintre italien, non, ils sont comme ils sont, comme ils peuvent, car Cyril les montre chez eux. Ils ne sont pas en représentation, n’ont pas tenue de rigueur, mais des habits d’intérieur et souvent ils semblent être pris sur le vif, comme si le peintre était rentré à l’improviste. Je pense notamment au portrait de Patrick Mauriès, en short dans la chaleur d’un été nicois. En cela ses peintures sont d’aujourd’hui. L’autre caractéristiques du travail de Cyril Duret est sa fascination pour les personnalités faites, chez lui les jeunes gens à l’aube d’être ce qu’ils seront sont rares. Il semble se préoccuper de sauvegarder ce qui peut l’être encore. Son travail donne l’impression qu’il arrive trop tard, qu’il essaie de retenir ce monde qui le fascine ou qu’il fantasme. Et comme la fascination et le fantasme ne figurent pas la réalité, la touche de Cyril n’est pas hyperréaliste, elle est « atmosphérique ». Ce qu’il y a dans ses tableaux c’est une atmosphère qui nous transmet autant le portrait du « modèle » que les caractéristiques, l’esprit des lieux qui l’entourent. Il se trouve que Cyril a peint certaines personnes que j’ai également photographiées, pour certaines il y a longtemps, à l’époque où ils étaient en train de devenir ce qu’il sont ou ce qu’ils étaient devenus puisque certains, malheureusement, ne sont plus parmi nous. Ses portraits et les miens, photographiques, nous rendent complices à distance. C’est à cause de cette connivence que j’ai invité Cyril à fêter son anniversaire chez moi, fête d’anniversaire sous forme d’exposition. Sur les murs il y aura Isabelle Weingarten que l’ont peut voir dans un de mes films, Jacqueline de Ribes que j’ai interviewé pour une émission sur France Culture consacrée à Emilio Pucci, Patrick Mauriès et Dominique Noguez que nous avons tous les deux rencontrés dans diverses circonstances, Cyril et moi et quelques surprises. Oh ! J’ai oublié de mentionner que Cyril fêtera ses trente ans.
Unglee
1 novembre 2023
“Il fréquenta le monde, et il eut d’autres amours encore.”
Flaubert, L’éducation sentimentale, Paris, 1891, Charpentier, p 510
Il arrive que les photos bougent et que les tableaux se déplacent. Cela tient à la vie des œuvres et de leurs propriétaires, à celle des artistes et des modèles. Dans le cas des portraits, il y a quelque chose de particulièrement mouvant. Un regard qui s’échappe, un geste qui se poursuit hors du cadre. Entre deux séances, il peut se passer une vie ; la trace que laisse la lumière au mur finit par se voir. Le temps passe et les objets s’amassent plus ou moins choisis. Cyril Duret et Unglee ont pu saisir différentes personnalités parfois à des décennies d’écart mais il n’y a pas de hasard. Dans ce chassé croisé, on peut voir des affinités électives, un goût pour les fleurs, les couleurs de Pucci. Il n’y a que des rendez-vous et certains qui ne se ratent pas. Dans le jeu des années et dans l’écart d’un visage, on ne peut s’empêcher d’imaginer des histoires, une fiction qui permettrait de rassembler ces personnages dans le même monde, à défaut du même décor. Ce pourrait être une salle du musée Picasso comme dans un film de Rohmer, ce pourrait être dans une librairie comme dans Funny Face ou encore à l’occasion d’une fête et par exemple d’un anniversaire. Entre Unglee et Cyril Duret, il y a une ellipse qui permet à autant de personnes de se retrouver. Il y a les 30 ans, les bougies et toutes les figures amies qui bougent dans la photo, le flou des tableaux.
Henri Guette
3 novembre 2023